Motivation et historique
Dans la recherche récente en Didactique des Langues, le concept d’intercompréhension est mis en rapport soit avec les besoins politiques d’une Europe unie et dotée de cohésion, soit avec la communication entre ses agents sociaux et professionnels (voir Doyé : 2005).
Étant donné les buts de Galapro, les contextes éducatifs sont ici particulièrement visés. Dans cette optique, une formation à l’intercompréhension doit se développer dans des environements de plurilinguisme (formation à la compétence plurilingue et interculturelle et à l’éveil aux langues), de diversification (par rapport aux tâches et activités, aux approches méthodologiques et aux outils didactiques) et de flexibilité (au niveau de l’autonomie, de la gestion des curricula éducatifs et des programmes, de la co-construction des savoirs et des compétences, de l’évaluation…) (voir Andrade & Araújo e Sá, 2006). Elle impliquera en plus la reconnaissance des besoins et des attentes de formation des groupes cibles, tout en les encadrant dans les enjeux politiques, sociaux, linguistiques et culturels spécifiques qui façonnent une formation à l’intercompréhension (voir Andrade & Pinho, 2003 ; Araújo e Sá & Melo, 2005).
Un dispositif de formation conçu dans ces termes, malgré sa pertinence fréquemment évoquée, n’est pas encore disponible, ce qui réduit fortement les taux, les circonstances et la qualité d’utilisation à fins éducatives des nombreux matériels de développement de l’intercompréhension actuellement existants, la plupart d’entre eux financés par des programmes européens.Il faut noter ici que des travaux sur les besoins, attentes et pratiques des enseignants de langues dans le domaine de l’intercompréhension nous montrent que les sujets méconnaissent le concept ou en ont des représentations extrêmement simplifiées (Degache, 2006b et c ; Degache et Masperi, 2007), qu’ils ne lui attribuent pas de valeur éducative et qu’ils ne sont pas capables de le mettre en rapport avec des pratiques quotidiennes d’enseignement/apprentissage des langues (Araújo e Sá, 2003). D’autres travaux de type longitudinal mettent en évidence un certain nombre de conditions pour que cette formation à l’intercomprénhension puisse se développer avec efficacité : le dialogue professionnel ; la recherche-action ; l’ancrage continu et permanent sur les pratiques et les discours divers qui les régulent (Andrade & Pinho, 2003 ; Araújo e Sá, Bastos & Melo, 2006, Carrasco Perea, 2003). De ces diverses études (ainsi que dans d’autres, en dehors du partenariat, comme www.dglf.culture.gouv.fr/ rubrique « Publications », www.senat.fr/rap/r03-063/r03-0632.html page 23 et celles du colloque “L’intercompréhension entre langues voisines”, qui s’est tenu à Genève en Novembre 2006), il est ressorti qu’on est encore loin, à tout niveau, des intentions à l’intégration dans les dispositifs de formations, bien que l’intérêt pour ce genre d’approche plurilingue, depuis une quinzaine d’années, ne se soit jamais démenti, et que des pratiques réelles d’insertion curriculaire, même si elles sont encore isolées et dépendantes de l’implication et du dévouement – voire du benévolat – de ses initiateurs, aient vu le jour ces dernières années. Surtout, toutes les enquêtes conduites auprès de différents publics cibles d’apprenants potentiels ont montré leur grande réceptivité aux concepts et outils de l’intercompréhension (Degache, López & Séré, à paraître).Il faut encore ajouter que la majorité des projets européens en intercompréhension se tournent presque exclusivement vers des compétences de compréhension, principalement à l’écrit (voir Melo & Araújo e Sá : en publication), sans inclusion du catalan ni du roumain. Or, Galapro vise aussi le développement de compétences de compréhension et d’interaction orale et écrite (incluant aussi ces deux langues), par le recours à des outils de communication électronique, notamment par leur intégration dans des environnements éducatifs web 2.0, actuellement encore peu exploités du point de vue didactique.
